Allemagne-USA: le spectre de Gijon… et alors?

Allemagne-USA : le spectre de Gijon… et alors?

25 juin 1982, GIjon, dernier match du groupe 2 dans cette coupe du monde espagnole. Une victoire de la RFA contre l’Autriche par deux buts d’écarts maximum suffit aux deux équipes pour se qualifier aux dépens de l’Algérie. Score final : 1-0 pour la RFA. Les images parlent d’elles-mêmes : après le but de Horst Hrubesch à la 10ème minute, les deux équipes ne font rien pour aller de l’avant, rien pour créer le danger, rien pour marquer. A l’évidence, les deux équipes ont passé un accord dans le dos de l’Algérie. Honteux, mais entre germanophones, rien de bien étonnant…

26 juin 2014, Recife, dernier match du groupe G dans cette coupe du monde brésilienne. Un match nul entre l’Allemagne et les USA suffit aux deux équipes pour se qualifier. Et chez les gringos, il se trouve que certains protagonistes sont… allemands : Jürgen Klinsmann, Berti Vogts, Jermaine Jones, sans oublier John Brooks, le bourreau de Ghana. Il n’en fallait pas plus pour voir se déchainer les complotistes de tous bords : on va à l’évidence assister à un simulacre de match, où les deux équipes vont s’arranger pour passer en 8ème !

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Pourtant, un pacte de non-aggression à la Gijon n’aura certainement pas lieu ce soir. D’abord, parce que les deux équipes vont plutôt vouloir jouer la Russie ou l’Algérie en 8ème que la Belgique, même si cette dernière n’est pas en grande forme. Les deux équipes, en particulier les USA, vont donc miser sur l’attaque. Ensuite, parce que celui qui finira premier jouera son 8ème à Porto Alegre, à l’extrême Sud du pays, là où la température tourne autour des 20 degrés. Pour le deuxième, ce sera Salvador de Bahia : 30 degrés, 80% d’humidité. Certes idéal pour le bronzage de Götze, mais à éviter si l’on veut économiser ses forces.

Néanmoins, ne boudons pas notre plaisir : les théories du complot sont toujours plus séduisantes qu’une argumentation logique, prêtons-nous donc au jeu ! Les deux équipes jouent donc le nul. Le Portugal ayant encore moins de chances de passer, c’est le Ghana qui, en cas de victoire, va subir une deuxième injustice après celle de 2010, et qui deviendra à nouveau l’équipe de losers la plus sympathique du tournoi, éliminée injustement alors qu’elle aura fait trembler la grande Allemagne! Honte à eux ! Honte à eux de ne pas laisser une chance au Ghana! Honte à eux de vouloir se qualifier en 8ème ! Quelle bande d’égoïstes !

Mais là aussi, le raisonnement des gardiens de l’éthique sportive ne tient pas. Car si les Black Stars venaient à se retrouver dans cette situation, elles ne pourront s’en prendre qu’à elles-mêmes. Un seul point de pris lors des deux premiers matchs, c’est bien trop peu ; il eut fallu mieux négocier le match face au USA (et prendre son marquage sur corner !) pour espérer se qualifier. En 2010, déjà, le monde criait à l’injustice suite à la main de Suarez sur la ligne de but, qui empêchait le Ghana de prendre l’avantage. Pourtant, si le Ghana se fait sortir du tournoi ce soir-là, ce n’est pas à cause de Suarez mais bien d’Asamoah Gyan qui loupe son penalty dans la foulée, et des Black Stars dans leur ensemble qui perdent leur sang-froid aux tirs au but.

De plus, difficile de prendre au sérieux ceux qui viendraient donner des leçons de fair-play aux allemands et aux américains, alors qu’on vit dans un monde où l’on adule encore Maradona malgré sa « Main de Dieu », où l’on a pardonné Thierry Henry pour sa main contre l’Irlande, où Fred est toujours titularisé par Scolari malgré son odieuse simulation face à la Croatie, où Pogba, Sakho et Giroud ont miraculeusement échappé au rouge après leurs mauvais gestes contre le Honduras et l’Equateur… Une éthique à géométrie variable donc, comme il est coutume dans le milieu du football. Après le mondial sud-africain, Asamoah Gyan admettait d’ailleurs lui-même qu’il n’en voulait pas à Suarez, et qu’à sa place, il aurait fait la même chose. Sauf que là-dessus, les donneurs de leçon ne semblent pas lui en vouloir!

Par FJJ

 

Les oubliés de la Mannschaft – Partie 1: gardiens de but

4-0 d’entrée contre le Portugal : l’Allemagne semble fin prête à glaner une 4ème Coupe du Monde ! Mais lorsqu’elle aura infligé un  8-0 au Brésil en finale (grâce à un octuplé de Thomas Müller, bien aidé par l’expulsion de Neymar pour simulation), tous les allemands ne seront pas aux anges ; certains vont même s’en mordre les doigts. Eh oui, le nombre de places est limité à 23, et beaucoup de joueurs ayant participé au formidable renouveau de la Nationalmannschaft depuis 2004 sont restés sur le carreau. Blessures, choix de carrière douteux, méforme… ce ne sont pas que les matchs, mais aussi les carrières qui se jouent parfois sur des détails. Cet été, parmi les gardiens de l’équipe d’Allemagne, on aurait pu voir :

René Adler

Quelle classe, un gardien de la Mannschaft avec un nom pareil (Adler signifie « aigle » dans la langue de Goethe) ! René se fait connaitre début 2007 en enchainant les arrêts-réflexes au Bayer Leverkusen, où même le taulier Hans-Jörg Butt est obligé de retourner sur le banc. Au top de sa forme en 2010, et alors qu’il est incontestablement le meilleur gardien du pays, l’allemand au prénom français se blesse méchamment aux côtes, loupe le mondial Sudaf’, et doit céder sa place de titulaire en sélection à Manuel Neuer, indéboulonnable depuis. Il ne retrouvera jamais son niveau. Pire, il gâche aujourd’hui sa carrière dans un Hambourg SV en perdition, tout juste sauvé de la relégation cette année. Triste.

Timo Hildebrand

Kahn et Lehmann sont en fin de carrière ? Kein Problem ! 3ème gardien pendant la coupe du monde 2006, champion d’Allemagne avec Stuttgart la saison suivante, Timo Hildebrand était l’Elu, le futur « Torwart » numéro 1 de la Nationalelf, le futur meilleur gardien du pays. Oui, mais en fait non. Après une année bien trop mitigée au FC Valence (malgré une victoire en Copa del Rey) où il devait prendre la relève du grand Canizares, 2 ans à Hoffenheim, puis 3 petits matchs au Sporting Portugal, Hildebrand traine désormais sa crinière blonde du coté de Schalke. En tant que deuxième gardien. Après le mondial 2006, Xavier Naidoo chantait pourtant à son sujet : „Bientôt, c’est ton nom que le pays scandera après les tirs aux buts ! ». Hum.

Tim Wiese

Wiese, c’est plus de 250 matchs de Bundesliga dans les gants, 6 sélections avec la Mannschaft et des participations au Mondial 2010 et à l’Euro 2012. Jamais « nummer 1 » outre-Rhin, le rhénan n’en demeurait pas moins une valeur sûre, un genre de Mickael Landreau avec une tête de hardeur des 90’s. Malheureusement pour lui, ses deux dernières saisons ressemblent davantage à un mauvais porno qu’à une fin de carrière glorieuse. Après l’Euro, c’est d’abord Joachim Löw qui affirme ne plus compter sur lui. Ensuite, Tim déclare vouloir quitter le Werder Brème pour rejoindre l’étranger, refuse une offre de Real de Mourinho (!) et signe finalement à Hoffenheim. Pour le projet sportif, sans doute. Là-bas, il est d’emblée nommé capitaine, mais doit rendre le brassard la même année en raison de ses piètres performances. Tim passe du statut de capitaine à celui de 3ème gardien en quelques mois, et se fait même virer du groupe pour mauvais comportements. Aujourd’hui, pendant que ses anciens partenaires essaient de décrocher une quatrième étoile, il fait le kéké en publiant des selfies de son body nouvellement buildé. A 32 ans, pas sûr que ça l’aide à relancer sa carrière.

Par FJJ